8 octobre 2026
Par Lijuan Huang
Retour d’expérienceÀ Nanjing, j'ai appris à écouter le pouls autrement
Carnet de médecine chinoise de Lijuan Huang, n°1 — entre la sensation sous les doigts et son interprétation, un apprentissage qui se poursuit au cabinet.
Cet été, je suis retournée en Chine pour suivre une formation de trois jours autour de la prise du pouls, à Nanjing, dans le Jiangsu. J’y ai regardé les mains d’un formateur travailler, puis j’ai essayé avec les miennes. Je n’en suis pas revenue avec une méthode achevée, mais avec des questions plus concrètes.
Pourquoi je suis retournée apprendre en Chine
Je prends le pouls depuis de nombreuses années, à chaque consultation. Jusqu’ici, il me permettait surtout de me faire une impression d’ensemble de la personne en face de moi : est-elle fatiguée, tendue, manque-t-elle d’énergie ? Mais je voulais comprendre plus en profondeur. C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis repartie étudier en Chine cet été.
J’ai étudié la médecine chinoise pendant cinq ans en France. J’y ai rencontré de très bons enseignants et posé des bases théoriques solides. Il me manquait parfois, pourtant, l’expérience qui ne s’acquiert qu’en observant un grand nombre de patients, en rencontrant des situations très variées et en répétant sans cesse la pratique. En Chine, le nombre de patients que l’on peut observer en une journée rend l’apprentissage très différent. Et je peux lire directement les textes originaux en chinois. Les traductions aident, bien sûr, mais elles laissent parfois échapper certaines nuances.
Trois jours à Nanjing
La formation durait trois jours et réunissait une vingtaine de participants. Certains étaient venus de loin ; quelques-uns l’avaient déjà suivie et revenaient l’apprendre à nouveau. Cela m’a semblé intéressant. On pourrait croire qu’après trois jours, on « maîtrise » une technique. Eux revenaient pour toucher à nouveau, comparer et poser de nouvelles questions.
J’ai connu ce formateur par l’intermédiaire d’une consœur ou d’un confrère. Ce que j’apprécie chez lui, c’est son ouverture aux différentes théories, alliée à une attention à ce qui se passe réellement dans la pratique. Pendant la formation, il a pris le pouls de chacun d’entre nous et proposé une formule de pharmacopée chinoise selon la situation de chacun. Les jours suivants, nous pouvions reprendre le pouls et observer les changements. Regarder comment ses mains procèdent, puis essayer avec les miennes, est une expérience sans commune mesure avec la lecture d’une description.

Lijuan teste la méthode de prise de pouls enseignée à Nankin - Chine
Trois positions, trois profondeurs
Quand on parle de « prendre le pouls », beaucoup imaginent deux doigts posés sur le poignet pour compter les battements du cœur. Dans la médecine chinoise que j’ai apprise, c’est bien plus que cela. Sur chaque poignet, j’observe trois positions, appelées cun, guan et chi. Sur chacune, j’ajuste la pression des doigts pour percevoir successivement le niveau superficiel, le niveau moyen et le niveau profond.
Je ne perçois pas seulement le battement. Je fais aussi attention à la température de la main, à sa sécheresse ou à son humidité, et à la texture des tissus autour du poignet. Ensuite, j’essaie de comprendre les liens entre ces informations. Cette deuxième étape, interpréter ce que je ressens, est la plus difficile. Où placer les doigts, cela peut s’apprendre ; reconnaître la sensation sous les doigts et savoir l’interpréter demande du temps, des comparaisons et beaucoup de pratique.
Un moment qui m’a profondément marquée
Pendant la formation, un moment m’a particulièrement impressionnée. À peine le formateur avait-il posé la main sur le pouls d’un participant qu’il lui a dit que l’écart entre sa pression haute et sa pression basse était assez important, et qu’il avait de l’hypertension. Puis, chez certains participants qui avaient des nodules, il a pu les repérer par la prise du pouls.
Ces deux correspondances m’ont beaucoup frappée. Je les écris pour partager une expérience personnelle, pas pour prouver que la prise du pouls pourrait remplacer un scanner. Elles m’ont surtout montré avec quelle finesse certaines personnes s’efforcent d’affiner l’identification du pouls, et m’ont fait mesurer tout ce qu’il me reste à apprendre.
De retour en France
Depuis mon retour, je prête davantage attention aux différences entre les pouls. Un jour, j’ai perçu dans le pouls d’une personne que je recevais une modification très superficielle. Je lui ai demandé si elle avait pris froid. Elle m’a répondu qu’elle avait effectivement pris froid et qu’elle avait mal à la gorge.
C’est pourquoi je prends désormais un peu plus de temps au début de la séance : je pose des questions, j’écoute les réponses, puis je les croise avec mes autres observations. Le pouls ne remplace pas la description que la personne fait elle-même, ni les examens médicaux. Pour moi, il ajoute une façon d’observer.
J’aimerais aussi comprendre si cette observation peut parfois m’aider à soulever une question qui mérite attention avant même que la personne ne ressente une gêne nette. C’est ce que la médecine chinoise exprime par la formule « le médecin supérieur s’occupe de ce qui n’est pas encore maladie » (上医治未病).
Des idées rencontrées là-bas, une pratique ajustée ici
Cette formation liait étroitement la prise du pouls et la pharmacopée chinoise. En Chine, les plantes sont généralement décoctées à la machine dans l’établissement, puis réparties en sachets que les patients emportent chez eux. En France, ce mode de préparation s’intègre souvent difficilement dans le quotidien des personnes que je reçois.
J’ai donc rediscuté avec le formateur des poudres concentrées. J’avais jusque-là des réserves, car la fabrication et le degré de concentration peuvent varier d’un fournisseur à l’autre. Il n’a pas rejeté cette forme par principe. Sa réponse m’a amenée à reconsidérer la possibilité d’utiliser des poudres concentrées dans ma pratique, tout en restant attentive à la qualité des produits et à l’adéquation de chaque formule à la personne concernée.
Ce voyage ne m’a pas donné une méthode toute faite ; il a rendu mes questions plus précises. C’est aussi pour cela que j’aime ces formations : revenir au cabinet, essayer d’observer plus finement, et distinguer ce que j’ai déjà compris de ce qu’il me reste à apprendre.
Version original écrite en mandarin.
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